Le blues de la rentrée existe-t-il vraiment ?
La recherche établit que les vacances améliorent le bien-être et favorisent la récupération [1,2]. Au contraire, le retour de vacances est parfois associé à un ensemble de manifestations – fatigue, irritabilité, anxiété, perte d’entrain – regroupées sous l’expression blues de la rentrée. Or, si l’éloignement du quotidien procure un soulagement et si son retour s’accompagne d’une souffrance, il devient pertinent d’examiner ce que les vacances sont venues masquer.
Les vacances : récupérer, mais aussi masquer
Les travaux consacrés à la récupération professionnelle insistent notamment sur l’importance du « détachement psychologique » [3]. Si cette notion peut être utile pour tenter de comprendre le blues de la rentrée – les vacances permettent de se détacher du rythme, des obligations et des exigences quotidiennes – , elle reste cependant insuffisante pour penser ce que l’on rencontre en clinique.
Ainsi, une personne peut attribuer son mal-être au blues de la rentrée. Néanmoins, la rentrée peut tout aussi bien désigner le moment où réapparaît quelque chose après avoir été momentanément suspendu. L’anxiété n’était-elle pas déjà présente avant les vacances ? La fatigue n’avait-elle pas commencé plusieurs mois auparavant ? Finalement, la souffrance n’était-elle pas déjà quelque part, dans les pensées ou le corps, bien qu’en sommeil ou se présentant sous forme d’une sensation désagréable ?
Alors, il ne s’agit pas de chercher comment mieux supporter la rentrée, mais de se demander pourquoi retrouver sa vie quotidienne est devenu si coûteux.
Ce que le symptôme vient dire
Notre époque encourage volontiers une réponse adaptative aux difficultés de reprise : mieux dormir, reprendre progressivement son rythme, faire du sport, préserver des moments agréables, apprendre à déconnecter. Ces recommandations peuvent être pertinentes, mais elles ont une limite : elles risquent de considérer comme un problème d’adaptation ce qui mérite d’être entendu comme l’expression d’un conflit ou d’une souffrance.
Pourquoi cette personne ne parvient-elle jamais réellement à s’arrêter ? D’où vient la culpabilité qu’elle éprouve lorsqu’elle ne produit rien ? Comment comprendre qu’elle accepte des contraintes professionnelles qu’elle vit pourtant comme insupportables ? Quelle place les attentes d’autrui occupent-elles dans son fonctionnement ? Et que signifie ce besoin de partir loin de son quotidien pour éprouver enfin le sentiment de respirer ? La recherche scientifique ne peut évidemment pas apporter une réponse générale à ces questions : elles appartiennent à l’histoire singulière de l’être.
L’intérêt d’une psychothérapie
Lorsque la difficulté de la rentrée est intense ou qu’elle réactive un malaise déjà présent avant les vacances, il est recommandé d’entreprendre une psychothérapie. Cette dernière ne vise pas à acquérir des techniques permettant de mieux gérer le stress, mais offre un espace dans lequel il est possible de dénouer et d’apprendre sur sa souffrance.
Pourquoi certaines tâches ont-elles pris une telle place ? Que cherche-t-on à satisfaire à travers certaines exigences ? Qu’est-ce qui se rejoue malgré soi ? Comment comprendre que certaines situations conduisent, de façon répétée, à l’épuisement ? Le travail psychothérapeutique ne consiste pas à fournir une réponse préétablie à ces questions. Il permet au contraire de les déployer à partir de l’histoire et du fonctionnement propres à chacun.
Ainsi, une cure personnelle – psychothérapie ou psychanalyse – peut permettre de distinguer ce qui appartient aux contraintes réelles de l’environnement, ce qui relève de la manière singulière dont chacun les éprouve et ce qui, parfois, se répète dans différentes situations.
Quand consulter ?
Lorsque la reprise s’accompagne d’une anxiété importante, d’un sentiment d’épuisement, d’une baisse durable de l’humeur ou de la sensation de retrouver une vie devenue difficilement supportable, il convient de ne pas réduire rapidement cette expérience au blues de la rentrée. La persistance des manifestations, leur intensité et leur répétition constituent alors autant d’éléments à prendre en considération, bien qu’il ne soit pas non plus nécessaire d’attendre que la souffrance s’installe durablement pour entreprendre un travail psychothérapeutique.
Si vous souhaitez engager ce travail, vous pouvez prendre rendez-vous avec le docteur Lucille Mihoubi pour une première consultation.
Références
[1] Grant R.-S., Buchanan B.E. & Shockley K.-M. » I need a vacation: a meta-analysis of vacation and employee well-being « . Journal of Applied Psychology, 2025, 110(7), pp. 887-905.
[2] Bloom (de), J., Kompier, M., Geurts, S., Weerth (de), C., Taris, T. & Sonnentag, S. » Do we recover from vacation? Meta-analysis of vacation effects on health and well-being « . Journal of Occupational Health, 2009, 51(1), pp. 13-25.
[3] Karabinski ,T., Haun, V.-C., Nübold, A., Wendsche, J. & Wegge, J. » Interventions for improving psychological detachment from work: A meta-analysis « . Journal of Occupational Health Psychology, 2021, 26(3), pp. 224-42.
