Depuis plusieurs années, les neurosciences étudient les effets des violences, des négligences et des carences précoces. Grâce à l’imagerie cérébrale, les chercheurs observent certaines particularités associées à ces expériences. Ces découvertes montrent notamment que les violences infantiles peuvent affecter le développement. Cependant, une image cérébrale ne raconte jamais toute une histoire. Elle ne montre ni la manière dont l’enfant a vécu l’événement ni la place que ce dernier occupe aujourd’hui.

Dès lors, que nous apprennent les neurosciences ? Quelles limites faut-il garder à l’esprit ? Enfin, comment une psychothérapie, voire une psychanalyse, peut-elle aider une personne qui souffre de son passé ?
 

Que désigne un traumatisme de l’enfance ?

Le mot « traumatisme » évoque souvent un événement violent. Il peut s’agir de violences physiques, sexuelles ou psychologiques. Pourtant, d’autres expériences peuvent aussi fragiliser un enfant. La négligence affective en fait partie. Il en va de même pour les humiliations répétées, l’insécurité familiale ou l’exposition à des conflits constants. Un enfant peut également souffrir d’une séparation brutale ou d’un deuil.

Toute expérience douloureuse ne devient pas nécessairement traumatique. En effet, le traumatisme ne dépend pas que de l’événement : il implique également la manière dont l’enfant le vit et les ressources dont il dispose pour y faire face.
 

Ce que les neurosciences étudient

Les neurosciences explorent les conséquences biologiques des expériences précoces. Elles analysent notamment la réponse au stress, la mémoire et la régulation émotionnelle.

Les chercheurs utilisent souvent l’imagerie par résonance magnétique, ou IRM, pour étudier la structure du cerveau. Ils comparent des groupes de participants. Ainsi, dans le cadre de recherches portant sur la maltraitance, ils recherchent des différences moyennes entre les personnes exposées à des maltraitances et des personnes qui ne l’ont pas été.
 

Une étude menée auprès d’adolescents

Une étude récente publiée dans European Psychiatry s’est intéressée à des adolescents issus de la cohorte européenne IMAGEN. Les chercheurs y ont étudié les liens entre les maltraitances infantiles et plusieurs systèmes cérébraux. Ils se sont concentrés sur le système limbique et le circuit de la récompense. Le système limbique participe notamment aux émotions et à la mémoire. Le circuit de la récompense intervient dans la motivation, le plaisir et l’apprentissage. Les auteurs ont analysé des données recueillies à différents moments de l’adolescence. Ils ont ainsi pu étudier certaines évolutions dans le temps.

Leurs résultats suggèrent un lien entre les maltraitances rapportées et certaines caractéristiques structurelles du système limbique. En revanche, l’étude n’a pas retrouvé les mêmes résultats pour le fonctionnement du circuit de la récompense.
 

Ce que les résultats affirment

L’étude soutient que les expériences douloureuses de l’enfance peuvent s’associer à des différences biologiques durables. Par ailleurs, les études épidémiologiques montrent un risque plus élevé de troubles psychiques après des maltraitances infantiles, parmi lesquels figurent les troubles dépressifs, post-traumatiques ou comportementaux.
 

Ce que l’étude ne démontre pas

Une corrélation entre deux variables ne prouve pas une causalité directe. Ainsi, lorsqu’une étude observe deux phénomènes ensemble, plusieurs explications restent possibles. En effet, si la maltraitance peut contribuer aux différences constatées, d’autres facteurs peuvent également intervenir. Aussi, nous conservons une capacité de changement et de transformation. Donc, les relations, les apprentissages et les expériences nouvelles continuent à agir au cours de la vie. Dans cette perspective, les données de l’étude ne justifient aucun fatalisme.
 

Le regard du clinicien

Les neurosciences interrogent ce qui se passe dans l’organisme, là où la clinique pose une autre question, à savoir : qu’est-ce qui continue à faire souffrance aujourd’hui ?

Ces deux approches peuvent dialoguer. Pourtant, elles ne portent pas sur le même objet. En effet, l’imagerie étudie des structures, des fonctions et des réseaux. Le clinicien, lui, écoute une histoire, un désir.

Reconnaître cette différence ne revient pas à rejeter les neurosciences. Au contraire, leurs résultats enrichissent les connaissances. Cependant, ils ne remplacent jamais la rencontre clinique. Seule cette rencontre permet d’entendre ce que l’événement traumatique représente pour une personne.
 

Que peut apporter une psychothérapie ou une psychanalyse ?

Une psychothérapie offre un espace de parole. La personne peut y déposer ce qu’elle n’a jamais pu exprimer. Le psychothérapeute ne cherche pas à imposer une explication. Il soutient les associations libres du patient. Au fil des séances, ce dernier peut reconnaître certaines émotions et repérer des situations qui se répètent. Si ce travail ne changera pas le passé, il peut en revanche transformer la place que le passé occupe dans le présent.

Certaines personnes souhaitent dépasser le seul soulagement des symptômes. En effet, elles veulent savoir sur elle-même et sur ce qui se répète dans leur vie. Prenant appui sur ce désir de savoir, une démarche psychanalytique pourra ainsi s’engager.
 

Quand consulter ?

Il n’est pas nécessaire d’attendre une crise pour consulter. Une souffrance persistante peut justifier une première rencontre. C’est aussi le cas lorsque certaines difficultés reviennent malgré les efforts engagés.

Une consultation peut notamment aider lorsque :

  • l’anxiété envahit le quotidien ;
  • les relations sont douloureuses ;
  • des souvenirs s’imposent régulièrement ;
  • la honte ou la culpabilité prennent trop de place ;
  • le sommeil est perturbé ;
  • un sentiment de mal-être persiste ;
  • la personne se sent enfermée dans des répétitions.

Le Docteur Lucille Mihoubi, psychothérapeute à Morsang-sur-Orge, accueille les enfants, les adolescents et les adultes. Le cabinet se situe à proximité de Sainte-Geneviève-des-Bois, Savigny-sur-Orge, Viry-Châtillon et Épinay-sur-Orge.
 

Conclusion

Les neurosciences apportent des connaissances sur le traumatisme de l’enfance. Elles montrent que les expériences précoces peuvent s’associer à des différences biologiques durables. Toutefois, elles ne permettent pas de prédire une trajectoire individuelle et ne résument pas non plus la souffrance d’une personne.

La clinique accueille donc ce que l’imagerie ne peut pas montrer. Elle écoute une parole, des répétitions et des conflits inconscients. Grâce à la psychothérapie et la psychanalyse, une personne peut dénouer ce qui continue à agir dans sa vie et construire ainsi une autre manière de se positionner à l’égard de son passé traumatique.